Une enquête publique relative au projet d'extension du centre commercial Val d'Europe est ouverte jusqu'au 23 décembre 2005. Le Code de l'Urbanisme prévoit en effet qu'une enquête publique soit organisée pour tout projet d'urbanisme commercial induisant la création d'une surface de vente supérieure à 6000 m2, préalablement à l'examen du projet par la Commission Départementale d'Equipement Commercial (CDEC). Ce projet d'extension représentant près de 15 000m2 de surface de vente, une enquête publique a donc été ouverte.
Avant de nous intéresser aux divers éléments proposés par ce projet, rappelons d'abord à ceux qui ne sont pas familiers avec cette procédure, qu'une enquête publique est ouverte à tous, sans condition d'âge, de nationalité ou de lieu de résidence. Toute personne peut consulter les dossiers du projet, et consigner ses observations soit directement sur le registre d'enquête, soit en rencontrant l'enquêteur public lors d'une de ses permanences, soit en lui adressant un courrier. Les dossiers représentant une masse conséquente de documents, je vous invite à prévoir facilement deux heures pour les consulter. Les dossiers de l'enquête publique sont consultables en mairie de Serris :
-le lundi de 14h à 18h
-mardi, mercredi et jeudi, de 9h à 12h et de 14h à 18h
-le vendredi de 9h à 12h et de 14h à 17h
-le samedi de 9h à 12h
Ce petit rappel citoyen effectué, passons à l'exposé des propositions du projet, qui, je le rappelle, ne sont que des propositions à prendre au conditionnel, puisqu'aucune des autorisations administratives indispensables n'a été délivrée. Les caractéristiques principales du projet sont les suivantes (click to enlarge) :
-Création d'une grande surface de bricolage de 10 000m2, opérée par Castorama.
C'est la partie la plus intéressante du projet. Ce nouveau magasin prendrait place dans un nouveau bâtiment, indépendant, qui serait implanté sur la parcelle, actuellement vide, qui occupe l'angle du Cours du Danube et du boulevard circulaire, en bordure du parking du centre commercial, en vis-à-vis de l'Université, à l'entrée du Quartier de la Gare.
Il n'est cependant nullement question de voir pousser une boîte en bardage métallique laqué bleu roi entourée de ses annexes anarchiques; "nous sommes à Val d'Europe", et ce projet présente une allure et des caractéristiques inhabituellement urbaines habituellement réservées à l'hypercentre des grandes villes.
D'un point de vue strictement structurel, les installations sont regroupées de façon compacte dans un immeuble de quatre niveaux (un niveau de sous-sol et trois niveaux visibles), les aires de livraison et de retrait des achats sont placées hors de vue, en sous-sol, il n'y a pas de "cour matériaux", et ce nouveau bâtiment utiliserait les accès parkings et livraisons existants actuellement pour le centre commercial.
D'un point de vue plus sensible, le bâtiment est conçu suivant un thème éminemment urbain, celui des Grands Magasins du XIXème siècle. Ce thème, adapté de façon prometteuse par l'architecte Dominique Hertenberger, permet non seulement une identification immédiate de la fonction du bâtiment, mais aussi d'articuler d'une façon très naturelle les différents univers qui le bordent : côté centre commercial, il répond aux bâtiments existants librement inspirés de l'architecture de l'acier de la fin du XIXème siècle et permet de produire un bâtiment très identifiable au sein de l'espace un peu surdimensionné du parking; côté cours du Danube, il présente une façade d'échelle urbaine en cohérence avec l'ambiance "Paris 1860-1900" des immeubles du Quartier de la Gare; sur le boulevard circulaire, il est en parfaite continuité avec les immeubles de bureaux inspirés des immeubles industriels de la fin du XIXème siècle qui bordent cette voie.
Personnellement, je trouve néanmoins que ce projet aurait pu être encore amélioré, en implantant une vraie entrée piétonne fonctionnelle sur le Cours du Danube, et en ménageant à rez-de-chaussée, le long de la même voie, des petites surfaces commerciales indépendantes de la grande surface de bricolage, deux dispositifs qui participeraient réellement à l'animation urbaine de cette partie du cours du Danube.
-Extension du parking Ouest (Auchan) par création d'un niveau en mezzanine entre les niveaux -1 et 0 actuels.
Si vous avez déjà utilisé le parking souterrain du centre commercial, vous avez remarqué qu'il présente une hauteur sous plafond démesurée. La lecture du dossier d'enquête publique permet d'apprendre qu'il ne s'agit nullement d'un effet scénographique, mais de la possibilité, envisagée dès la conception du centre commercial, d'augmenter la capacité du parking par la création d'un niveau intermédiare. Cette partie du projet prévoit donc la création de 650 places de parking supplémentaires grâce à l'ajout d'un niveau en mezzanine. Le dossier précise que les failles plantées seront conservées. Ces mêmes failles autorisent également le phasage du chantier en plusieurs zones d'intervention successives, ce qui permettrait de ne pas fermer totalement le niveau inférieur du parking pendant les travaux. Ce projet, intégralement souterrain, n'entraîne aucun impact visuel réel et aucune annexion de parcelle supplémentaire.
-Extension de la galerie commerciale au niveau des "Passages Parisiens" permettant l'ajout de nouvelles moyennes surfaces pour l'équipement de la personne.
Cette partie du projet propose l'extension des "Passages Parisiens", la partie du mail du centre commercial qui couvre les voies du TGV. Cette extension n'entraînerait pas de couverture supplémentaire des voies ferrées, puisqu'elle prendrait place sur le parvis assez pitoyable (pardon, "non qualitatif", pour reprendre les termes du dossier) situé entre le parking et la façade de cette séquence du centre commercial. Les surfaces commerciales qui bordent le mail seraient étendues "en profondeur", ce qui n'entraînerait pas non plus de modification de la structure ou du parcours mail intérieur. La nouvelle façade créée par l'extension reprendrait l'apparence de la façade actuelle. Là encore, l'impact visuel serait limité, je n'ai donc pas estimé nécessaire de photographier les documents graphiques.
-Modification du plan de circulation et des accès
Le projet propose également plusieurs modifications des accès au centre commercial, du plan de circulation à l'intérieur des parkings, et de la signalétique de l'ensemble, afin de réduire les encombrements parfois observés. Parmi les nombreux dispositifs détaillés dans le dossier d'enquête publique, signalons la création d'un nouvel accès automobile, sur le boulevard circulaire intérieur, au niveau de la Jardinerie Delbard.
-Restructuration de la Jardinerie Delbard et création de trois nouvelles moyennes surfaces pour l'équipement de la maison en conservant la même surface de vente totale.
Il semblerait que la Jardinerie Delbard ne rencontre pas le succès escompté, puisque cette partie du projet vise d'une part à diminuer ses surfaces de vente et d'assigner les surfaces libérées, après restructuration, à trois moyennes surfaces commerciales d'équipement de la maison, et d'autre part à mieux articuler la liaison entre ce nouvel ensemble commercial et la Vallée Village.
Signalons en préambule que le projet d'extension de la Vallée Village, qui ne fait pas partie du projet sujet de cette enquête publique, a reçu aujourd'hui, lundi 28 novembre, l'accord de la Commission Départementale d'Equipement Commercial, dernière formalité administrative avant l'obtention du permis de construire. Cette extension de 2500 m2 de surface de vente, soit 16 boutiques, prendra justement place à l'extrémité Est de la Vallée, soit en direction de la Jardinerie Delbard.
Un nouveau parvis semi-piétonnier serait créé entre cette extension et l'entrée modifiée de la jardinerie.
La restructuration de la jardinerie n'entraîne que des modifications mineures de l'aspect du bâtiment, qui conservera ses caractéristiques principales de volumétrie, de décor et de matériaux. Seront cependant ajoutés quelques volumes supplémentaires, que j'ai cernés de orange sur le plan posté plus haut. Le long du Cours de la Garonne en vis-à-vis de la place de Gibraltar, le parterre planté de graminées et de rosiers qui longe le trottoir serait supprimé et intégré à la surface de vente extérieure de la jardinerie (exposition de végétaux); une bande plantée de buis et de charmilles serait néanmoins conservée le long du trottoir. Les cours de livraison des commerces seraient implantées au sud, en limite du boulevard circulaire, pour les trois moyennes unités nouvellement créées, et au nord du bâtiment pour la jardinerie.
La partie du parking qui dessert actuellement la jardinerie serait légèrement restructurée.
-Extension du parking La Vallée Village / Delbard à l'emplacement des Jardins Thématiques.
C'est l'élément du projet le plus délicat et le seul succeptible, à mon avis, de créer la contreverse. Lorsque je consultais le dossier en mairie, une dame habitant le cours de la Garonne est elle aussi venue consulter les dossiers, alertée par des rumeurs, et c'est une litote que de dire que cette partie du projet ne lui a pas plu.
L'extension de la Vallée Village et la restructuration de la Jardinerie Delbard entraînent la supression d'emplacements de parking existants tout en augmentant les besoins. Il est donc nécessaire de créer de nouveaux emplacements de parkings, la création d'un niveau en mezzanine dans le parking Ouest ne suffisant pas à répondre aux besoins projetés. La solution présentée dans ce projet propose la création de nouveaux emplacements de parking en lieu et place des actuels Jardins Thématiques Delbard qui longent le Cours de la Garonne et jouent le rôle d'écran végétal entre le Quartier du Parc et la Vallée Village. Cette partie du projet concerne donc directement les résidents des Jardins Victoriens et du programme Immobilière 3F qui sont situés en vis-à-vis direct de ces terrains. Sur le plan ci-dessous, le périmètre de l'extension parking est cerné de jaune.
Les documents du dossier prétendent que l'impact visuel sera fortement limité pour les résidents du Cours de la Garonne au moyen des dispositifs suivants :
-Création d'une bande végétalisée de 4,50 mètres de large le long du Cours de la Garonne qui viendra compléter l'alignement d'arbres et la haie vive déjà présents à cet endroit sur le domaine public. Cet espace serait planté d'un "bosquet de pins, de hêtres et de sophoras sur une table de rhododendrons". Cette bande s'élargit en parterre à l'angle du cours de la Garonne et de la rue de Castille, face aux résidences Immobilière3F. Néanmoins, les documents du dossier ne précisent aucunement la taille des végétaux à la plantation, on ne peut donc pas savoir si ils assureront une couverture végétale suffisante dès leur plantation, ou si nous devrons attendre une dizaine d'années ... Sur le plan ci-dessous, j'ai mis en surbrillance verte la surface couverte par ce dispositif paysager.
-Là ou la largeur de la parcelle est suffisante, création d'un deuxième bosquet linéaire au centre du parking (également en surbrillance verte sur le plan ci-dessous).
-Là où la largeur plus réduite de la parcelle ne permet pas l'installation d'une couverture végétale suffisante, soit la moitié nord de ce nouveau parking en vis-à-vis de la résidence Les Jardins Victoriens, la partie centrale sera recouverte par une halle métallique inspirée des halles de marché du XIXème. Sur le plan ci-dessous, j'ai cerné de bleu l'emplacement de cette halle.
-Conservation des cordons végétalisés déjà présents sur le parking de la Vallée, y compris celui situé en mitoyenneté de la parcelle du nouveau parking.

Pour exprimer mon opinion personnelle sur ce dossier, je pense qu'on ne peut que regretter que ce projet d'extension du centre commercial ne s'accompagne pas d'une volonté de réduction de l'emprise au sol et de l'impact visuel des parkings, mais au contraire de leur renforcement. Les recettes dégagées par la création de nouvelles surfaces commerciales auraient pu servir au contraire à limiter leur impact, par l'enfouissement de certains emplacements ou la création d'un parking à étages (bien "designé") à bonne distance des habitations.
De la même façon, ce projet aurait pu servir à mieux articuler le centre commercial avec le reste du centre-ville. Augmenter la surface occupée par le "glacis" de parkings qui l'entoure à certains endroits n'est sans doute pas la meilleure façon de procéder ... à moins bien sûr que cette stratégie ne vise à "imperméabiliser" ces terrains avec des parkings dans un premier temps, afin d'assurer une transition psychologique entre les espaces verts des Jardins Thématiques et la construction de nouveaux bâtiments dans une phase ultérieure du développement du centre urbain et du centre commercial. Si cette supposition s'avère vraie, j'aurais à l'inverse tendance à trouver cette solution plutôt judicieuse, car elle ménage une solution future plus qualitative pour, dans le futur, mieux articuler le centre commercial avec le Quartier du Parc ...